Thanks, you.
Dehors, le ciel est gris.
Mais gris coloré : elle voit du jaune, du bleu, du rose. Quelques éclats de voix, dans la rue, qui s’éloignent. Le bruit des voitures qui accélèrent. Le vent qui plie les arbres. Un bus qui « souffle ». Les premières feuilles qui tombent. Tout est brumeux, derrière sa fenêtre, au delà des frontières de cet espace où elle est enfermée depuis quelques jours. Rien ne l’atteint directement, le temps s’est arrêté, son univers de tous les jours a cessé de tourner. Elle, elle observe, elle contemple, elle imagine. Elle a souffert, crié dans sa main, pleuré, serré les poings, serré sa chemise, plié son corps en deux, torturé ses draps et mordu son oreiller. Elle a somnolé, attendu, angoissé, regardé l’heure tourner, attendu encore, nié, extrapolé, attendu toujours. Étrange sensation que celle de ne plus rien maitriser de son propre corps, que de le laisser nous entrainer vers là où l’on ne veut pas aller. C’est tellement petit, et ça fait si mal. Mais ça y est, tout s’est calmé, elle s’est apaisée. Elle a retrouvé comment sourire, elle s’est blottie dans ses bras, elle a lu, elle a regardé, beaucoup, elle a même cuisiné. Du fond de ce lit qu’elle ne quitte plus beaucoup, elle regarde par la fenêtre, la pluie qui tombe, les arbres qui se plient, les feuilles qui s’envolent, les gens qui se pressent.
Dehors, tout est gris. Mais elle, elle voit la vie en rose. Inconditionnellement.
Picture : Nedon, by Eclatsdereve