Il y a des dossiers comme cela dans lesquels on se replonge. On ne voulait pas, on n’y pensait pas, on ne devait pas, mais on y est quand même. Pourtant, il faut double-cliquer un nombre incalculable de fois avant d’y parvenir. On les a mis exprès tout au bout de la chaîne, pour être sûr de ne pas les retrouver trop vite, trop souvent, trop systématiquement. Eh bien non, rien à faire, il y a toujours un moment où la petite flèche rencontre le petit carton jaune interdit. Interdit ? Je ne sais même pas, en fait. Après tout, c’est le passé, et on a eu beau le mettre dans ces dossiers inaccessibles, il est également soigneusement rangé dans un tiroir de notre mémoire, il fait ce qu’on est, ce qu’on est devenu et ce qu’on sera toujours. Toute notre vie. Double-cliquer, ce n’est qu’un petit rafraichissement, une piqure de rappel. Est-ce que c’est vraiment dangereux ? Peut-être. Je ne sais pas ce que sont ces larmes qui montent quand je me rappelle trop, elles débordent même parfois. Peut-on être la plus heureuse des femmes et garder cette nostalgie quelque part au fond de soi ? Apparemment. Peut-on se construire chaque jour de plus que l’on vit un avenir de toutes les couleurs, et retrouver parfois ces quelques regrets qui restent et s’accrochent ? Il semblerait. C’est sûrement bien, en fait, de se rappeler, ça évite d’oublier. Ça évite de dévier à nouveau, de refaire ces erreurs, de refaire souffrir. Mais ça peut faire sacrément mal, parfois, quand même. De revoir ce qu’on était. Ce que l’on a fait ou pas fait. Surtout fait, en l’occurrence. Cette absurdité de jeunesse, cette absurdité d’une vie. A quoi ça sert de comprendre les mots, enfin, des années après ? On se retrouve avec le cœur gros comme ça de ne pas pouvoir y revenir. Revenir dans le temps ou simplement revenir dessus, se parler, s’expliquer, s’excuser, se pardonner, se retrouver. C’est une envie, c’est un risque, c’est un besoin et c’est dangereux. Il y a bien eu cette amorce, l’autre fois. Trop court, trop difficile, trop indécis, trop embarrassé. Il faudrait avoir le temps, prendre le temps, tellement plus de temps. En parler et en rire, et puis de tout le reste. Être nous au passé mais au présent, et l’être beaucoup plus souvent.
Mais comment ?